Je m'appelle Camélia.
Je suis contente que tu sois là. Papier Pivoine, c'est moi : j'écris les carnets, je compose les pages, je choisis chaque couleur.
Je suis née au Vietnam. J'étais une enfant discrète et silencieuse, souvent seule avec un livre ou un magazine, et très bien comme ça. À 18 ans, je suis arrivée en France pour mes études. J'y vis depuis plus de vingt ans, dans une petite ville calme près de Toulouse.
Pendant longtemps, je me suis trop adaptée. À l'école, au travail, partout. Dans l'open space, je souriais et je faisais ce qu'il fallait. Le soir, tout ce que j'avais retenu dans la journée continuait de tourner dans ma tête, parfois jusqu'à trois heures du matin. Je ne suis pas sûre d'avoir déjà été vraiment moi. Il y a eu une année plus dure, dont je ne parle pas facilement. C'est là que j'ai arrêté de faire comme si tout allait bien.
Un mot m'a aidée : hypersensible. Je l'ai découvert dans les travaux de la psychologue Elaine Aron. Ce que je prenais pour un défaut avait un nom. Je n'étais pas la seule, et toi non plus.
Ce qui m'aide tient en peu de choses. Écrire ce qui pèse, en listes désordonnées ou en longues lettres. Mon thé vert du matin, mes plantes sur le balcon, mon chat Bao qui dort à côté de moi pendant que j'écris.
On m'a accompagnée pendant des années, et parler m'a fait du bien. Mais entre deux rendez-vous, j'avais besoin de quelque chose à portée de main, pour les soirs où ça déborde. Alors je l'ai fait, d'abord pour moi. Ça ne m'a pas réparée. Mais ma tête était moins pleine, et c'est resté. Papier Pivoine est né comme ça.
Si tu sens tout très fort et si le monde te fatigue vite, ces carnets sont pensés pour toi. Il n'y a rien qui ne va pas chez toi. Tu ne verras pas mon visage ici, je suis quelqu'un de discret. Mais dans chaque page, il y a beaucoup de moi.
Bao, mon collègue d'écriture.
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